Jean-Antoine de BARRAS DE LA PENNE (1650-1730) Officier de la marine, premier chef d'escadre des Jean-Antoine de BARRAS DE LA PENNE (1650-1730)

Officier de la marine, premier chef d'escadre des galères de Louis XIV, commandant du port de Marseille. Manuscrit signé en partie autographe, Ordre de bataille des galeres modernes, presenté en 1700 à son Altesse Serenissime Monseigneur le Duc de Vendôme, General des Galeres. Reveu et augmenté en 1729, Marseille 1er janvier 1729; un volume grand in-fol. (44 x 29 cm) de 156 pages réglées, rel. moderne, pièce de titre maroquin rouge au dos. Très beau manuscrit sur les galères royales, illustré de 18 gravures. Il s'agit d'un recueil de cinq mémoires, fondé sur un ouvrage de 1700 dont la gravure liminaire figure en tête du volume; en dessous, le nouveau titre, manuscrit, et une vignette gravée. Trois mains ont concouru à l'élaboration de ce manuscrit: celle du copiste principal, une autre à qui l'on doit la page de titre et 16 pages insérées dans le dernier mémoire, et enfin d'importantes additions et corrections autographes de Barras de la Penne en marge de cet ajout, dans les interlignes de la page qui le précède, et à la conclusion, avec d'autres corrections au fil du volume, et sa signature à la fin de la lettre-dédicace. La dédicace au Chevalier d'Orléans [Jean-Philippe d'Orléans (1702-1748), fils légitimé du Régent], « Grand d'Espagne, General des Galeres, Lieutenant General ez Mers du Levant, Grand Prieur de France », est ornée d'un bandeau de Corne d'après un dessin de l'auteur: au fond, le grand navire à 40 rames de Ptolémée Philopator; au premier plan, l'auteur s'est représenté en penseur, assis au bord de la grève, près d'un coff re sur lequel est inscrit le nom du dédicataire et d'un écu à ses armes. Cette dédicace explique l'histoire de l'ouvrage, et rappelle que les 40 galères de Louis XIV ont été réduites « par les malheurs des tems » à 15. Barras de La Penne plaide pour une reprise de leur construction: « Il est important pour l'Interest du Public et la deff ense de la verité, que quelque Marin, faisant usage de la science experimentale, tache de detruire des Chimeres qui jusqu'à present ont beaucoup contribué a diminuer en France, l'opinion avantageuse que l'on devroit avoir des utilitez des galeres. Je dits en France, car partout ailleurs et particulierement dans les Etats situez sur les Côtes de la Mer Mediterranée on est persuadé de leur Importance ».... * « Premier Memoire. Ordre de bataille » (17 p.). Il est orné d'un bandeau de Coelemans représentant des navires en rade dans un port antique, et, hors-texte, d'une grande planche par Villamage, gravée par Corne, représentant la position correcte de cinq navires derrière celui de tête, et de 3 planches non signées représentant l'ordre de marche sur une, deux ou trois lignes. « L'ordre de Bataille des Galeres consiste à ranger ces Batimens sur une ligne droite et non pas en croissant ainsi que quelques Modernes l'ont écrit, car en ce cas les deux Ailes seroient aux mains longtems avant le corps de Bataille, et il est important que le combat commence tout à la fois »... Ce mémoire donne un état de l'ordre de bataille des officiers et capitaines de 1700. * « Second Memoire. Ordres de marche » (8 p.), orné d'un bandeau non signé représentant une galère arrivant dans un port antique, et de 3 gravures également non signées, hors-texte et dépliantes (collées sur des feuillets blancs), représentant l'ordre de marche sur une, deux ou trois « colomnes ». « Les Galeres n'ont qu'un Ordre de Bataille, mais elles ont divers Ordres de Marche, elles naviguent sur une, deux et trois lignes, sur une, deux et trois colonnes, tous ces ordres sont reguliers, simples et uniformes; on les execute de plusieurs façons, avec beaucoup de facilité et sans confusion; il suffit d'observer le Rang et l'ancienneté de chaque capitaine »... * « Troisième Mémoire. Ordre de combat d'une galere en particulier ou Methode pour faire, ce qu'on appelle vulgairement Armes en couverte » (12 p.), orné du bandeau déjà vu dans le premier mémoire, et d'un grand dépliant hors-texte attribué à Corne. Cette gravure représente une galère vue d'en haut, avec ses parties identifiées par lettre ou chiff re en légende. « L'ordre que l'on doit observer dans une Galere pour la mettre en état de se deff endre et d'enlever celle de l'ennemi, consiste uniquement en deux chefs; le premier est de retrancher la Galere le mieux qu'il est possible, sans toutefois l'embarrasser, en sorte qu'elle puisse se remuer facilement, faire toutes sortes de manoeuvres et naviguer en cas de besoin. Le second est de partager également ses forces et ses armes tant off ensives que deff ensives, en sorte qu'il n'y ait aucun endroit dans la Galere qui ne soit disposé à estre deff endu par lui-même »... Ce mémoire renvoie fréquemment à sa grande illustration, pour le placement des officiers, marins et ouvriers, et celui de l'aumônier, du chirurgien, et de l'écrivain du Roi (auquel il souhaite « un poste plus honorable », que celui de garde aux poudres dans la taverne). « On ne laisse jamais pendant le combat aucun mousse, forçat, ni Turc dans les chambres »... * « Quatrieme Mémoire. Signaux avec un Projet pour les faciliter » (8 p.), orné d'un bandeau non signé: un phare s'élève au large d'une rive où attend un navire, avec deux groupes d'hommes sur le quai; à gauche, une fontaine aux armes royales. Une grande planche hors-texte, à double page, par Corne, représente les pavillons, flammes et gaillardets pour les signaux généraux et particuliers des galères. Barras de La Penne fait plusieurs propositions pour améliorer la lecture des signaux: l'adoption d'une seule couleur, « diversifiée avec le blanc », le choix judicieux des endroits pour arborer les pavillons et les flammes, l'emploi de flammes, plus commodes et visibles, pour les ordres généraux, et de gaillardets pour les particuliers... * « Cinquieme Mémoire. Reflexions critiques sur quelques erreurs ou est tombé le commentateur de Polybe dans ses observations sur les Batailles Navales des Romains et des Carthaginois aussi bien que sur la Forme et la depense de leurs prétendus Batimens à divers Rangs de Rames » (105 p.), orné d'un bandeau par Jacobus Coelemans d'après un dessin de l'auteur: il représente sept hommes en costume moderne, autour d'une table, avec des emblèmes de la géographie et de la navigation. Ce mémoire, de loin le plus long du volume, est une attaque en règle contre le Père de La Maugeraye, jésuite et commentateur de Polybe avec lequel le marin polémique depuis plusieurs années dans Le Journal des savants et les Mémoires pour l'histoire des sciences et des beaux-arts; il cite ici, avec indignation, un article que La Maugeraye vient de publier dans le numéro de janvier 1729 du Journal de Trévoux. Son adversaire l'a traité avec « une infinité de traits satyriques et envenimez », qu'il n'imitera pas, mais il espère que les savants ouvriront enfin les yeux... L'écrivain s'est déchaîné contre lui à l'occasion de sa Lettre critique sur les trirèmes, et avec « sa petulante humeur », a prétendu qu'à entendre l'auteur de « la brochure », « toutes les forces de la France, et son salut sur mer sont renfermées dans le port de Marseille »... Certes, « c'est principalement par l'envie qu'il a de tomber sur moy qu'il aff ecte icy de mépriser si mal à propos les Galeres de France », et les historiens savent à quoi s'en tenir quant aux combats de galères des temps modernes. Mais tout sentiment contraire à cet écrivain « luy paroit un attentat »... Barras de La Penne cite de nombreux extraits du commentateur qui s'apprête à devenir « Docteur en Marine », et il use à son égard de qualificatifs cinglants: « grotesque », « téméraire », « aveugle », auteur d'« imaginations » et de « fausses et absurdes idées »... Il souhaite à cet « oracle de la vérité » de changer de langage, « s'il n'est le plus prévenu et le plus opiniatre de tous les hommes », mais il y a déjà plusieurs années que La Maugeraye donne « à coûp perdu dans la vision d'un faux système sur les bâtimens à rames des Anciens, il l'a publié, il l'a vanté, et s'en est aplaudi bien des fois »... Barras de La Penne oppose aux chimères de Sa Révérence des exemples de batailles navales sous Sémiramis et Louis le Grand; il survole la belle histoire des galères en citant Diodore, Thucydide, Pline, Virgile et l'Écriture, le R.P. Laval, Aubin et ses propres écrits; il ridiculise l'ignorance pratique et les expressions impropres de l'« habile marin » qui pourtant a voyagé en mer jusqu'à Malte... Il termine en filant abondamment et ironiquement la métaphore du « festin surabondant » que le commentateur a donné à ses lecteurs: c'est un « ragoût » dont la saveur n'a pas « l'aprobation des couteaux », et dont le gibier fut emprunté à tout le monde: « si les cuisiniers revendiquoient tout ce qui leur apartient, et si l'on suprimoit tous les hors-d'oeuvres de medisances, de calomnies et toutes les absurdes observations touchant les Batailles Navales des romains, des Carthaginois, et des Modernes, aussi bien que ce qu'on dit de leurs Vaisseaux à Rames, ce grand repas, ce Festin surabondant deviendroit bien petit, il est vrai qu'il seroit de meilleur gout, plus exquis et tiré de son cru ».

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