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Pierre SOULAGES
«PEINTURE 130 x 97 cm, 5 mai 1959», 1959 Huile sur toile signée en bas à droite et datée au dos 130 x 97 cm Provenance: - Kootz Gallery, New-York - Galerie Claude Bernard, Paris - Galerie Benador, Genève - Collection particulière, Paris - Collection de Monsieur et Madame X Exposition: «Ausstellung», Galerie Charles Lienhard, Zurich, reproduit dans le catalogue de l'exposition Bibliographie: «Soulages», l'oeuvre complet, peintures, volume I, 1946-1959, Pierre Encrevé, éditions Seuil, Paris, 1994, reproduit sous le n°361 page 267 Ce qui de tout temps a caractérisé les oeuvres de Pierre Soulages, c'est le monumental de leurs présences, leurs sérénités et un étonnant sentiment de confiance alliés à une dynamique contenue. Un tableau de Pierre Soulages s'élabore à partir d'une réalité à venir, inconnue mais pressentie. Il sait, dans une sorte d'inconscient ce qu'il veut obtenir de la matière brute avec laquelle il se confronte et surtout il sait ce qu'il ne veut pas. Il avance ainsi vers un but non défini, se frayant un chemin dans la matière picturale avec laquelle il entre en conflit, lui imposant une direction qui se dérobe et dont il ne sait pas à l'avance ce qui en naîtra. La révélation se fait progressivement, lentement, souvent douloureusement, intensément, dans une sorte de passion exaltante d'où l'homme doit sortir vainqueur. Sa technique témoigne d'un sens positif et d'une objectivité rare. Si l'absolu et l'indéfini se font jour et, si cette peinture ébranle l'imagination, elle ne doit pas être imputée à une volonté personnelle. «L'homme doit rester obscure» disait Cézanne, l'artiste aussi se doit de rester obscure, de ne pas prendre le devant de la scène, seul ce qu'il fait compte, aux autres d'interpréter son travail. Resté fidèle à la terre de son enfance, aux souvenirs des grands plateaux déserts, aux arbres dénudés, aux mégalithes, aux sculptures et à l'architecture romane, à ces espaces de vérité, Pierre Soulages insuffle à ses oeuvres un monde de force, de franchise et d'humanité, caché sous la couche picturale qui s'illumine de bleu et de noir d'argent. Revendications du plus complet détachement intérieur qui le délie de la société, du monde parfois artificiel de l'art et de son cadre mondain. Ce tableau «Peinture 5 mai 1959», magistral dans sa solidité tranquille, emprisonne le temps, l'épure, abolit l'aléatoire et nous élève d'ici-bas dans le monde du haut. Le regard est pris par la beauté des proportions et la beauté de l'espace créé. Cette oeuvre possède déjà en elle toutes les harmonies, dans d'autres tonalités, que l'on retrouvera dans les vitraux de l'Abbatiale de Conques, sagesse, apaisement, méditation et force. Comme pour le vitrail, la lumière vient du dedans de la toile et se module en proportion de la répartition des masses bleues et noires. Comme par enchantement, cette peinture a découvert ses moyens propres, ses couleurs, ses rythmes, sa matière, qui possèdent leurs qualités physionomiques: saveur, pouvoir d'émotion, sensibilité que le spectateur à loisir d'interpréter, et avec lesquels il dialogue. Cette oeuvre est une expérience poétique, une métaphore. Elle ne se laisse pas expliquer, elle ne se laisse pas entamer par l'explication, sur elle vient se faire et se défaire le sens qu'on lui prête, c'est pourquoi elle provoque, inquiète et exalte comme la vie. Ce n'est que lorsque formes et couleurs disparaissent à titre individuel, lorsqu'elles cessent d'être inséparables, que nait le rythme et l'espace, tous deux des dynamiques de l'imagination. Devant certaines oeuvres il serait préférable de se taire, le jugement de valeur échappant toujours à la critique incapable d'appréhender l'élément irréductible de la peinture, c'est-à-dire précisément, la réalité de la peinture, un tout cohérent, vivant, investi de pouvoir. Ici commence la poésie. Nul besoin des mots dont le pouvoir s'arrête, là où l'incommunicable est communiqué
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